Ecce homo, voici l’homme, tels furent les mots de Ponce Pilate lorsqu’il présenta Jésus à la foule, battu et couronné d'épines. Dans la série d’aquarelles Ecce Homo Festivus, il ne s’agit pas du Christ, et encore moins de l’homo sapiens, l’homme savant, qui fut notre ancêtre, mais bel et bien de homo festivus, citoyen moyen de la post histoire, « fils naturel de Guy Debord et du Web », inventé par Philippe Muray, essayiste et romancier français, né en 1945 et décédé en 2006.
Il est entendu aujourd’hui que nos sociétés occidentales post modernes se sont vautrées dans une longue et interminable fête, et dorénavant, les fêtes à proprement parler, les party, s’auto célèbrent ; on fête la fête.
Mais à l’inverse du Christ, fils de Dieu devenu Homme, homo festivus aspire à la déification festive, ou tout du moins à être le roi de la soirée, le party monster. Les fêtes deviennent alors un moyen d’élévation, un passage obligatoire à quiconque souhaitant dignement faire partie de l’élite de ce monde ; les participants se vouant un culte à eux-même, en tant que membre de cette société, chacun peut devenir Dieu. Le clubbing représente les douze travaux d’homo festivus. La fête « a rempli le cadavre vidé de la structure divine ».
Dans le panthéon festif, les Dieux sont Michael Alig, Michou ou David Guetta, et donc homo festivus lui-même, qui s’immortalise – logique pour quelqu’un voulant devenir Dieu – en se photographiant durant ses soirées, pour faire lui aussi partie de ce paradis hype et heureux que constitue l’intégralité de notre société contemporaine. Nous pouvons d’ailleurs voir fleurir des sites internet spécialisés répertoriant les clichés de clubbers, dont sont issues les photographies à l’origine des aquarelles de la série Ecce Homo Festivus.
Nonobstant, ce paradis n’est pas dénué d’une expression pure de violence ; la fête ressemble de plus en plus à un simulacre de la vie sauvage, ou l’Homme se rabaisse à suivre des instincts, jadis réservés aux animaux. On y assiste à des mises à mort – au sens figuré, quand un videur agit – et à des accouplements – parfois au sens propre.
Homo festivus est le Dieu d’un Olympe où le nectar et l’ambroisie ont été remplacés par le champagne et les sushis.
Cette série d’aquarelles doit donc être considérée comme une série d’icônes, célébrant ce que nous sommes tous devenus, des Dieux.
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